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 Comme s’il n’y avait pas de cafés à Damas ou au Caire ...

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Khaledelbidaoui



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MessageSujet: Comme s’il n’y avait pas de cafés à Damas ou au Caire ...   Jeu 26 Nov - 17:01

Comme s’il n’y avait pas de cafés à Damas ou au Caire ...



Mathias Enard, lauréat du prix Goncourt 2015, revient sur les fractures entre l’Occident et le Moyen-Orient. Un discours à contresens de l’opinion générale de la part de cet amoureux du monde arabe et perse.


Le Temps : La Syrie est à feu et à sang, l’Irak est en miettes, Paris est en deuil… Votre distinction par le Goncourt est-elle comme une ultime récompense avant qu’on tire le rideau sur une époque ?

Mathias Enard : Ce n’est pas le monde d’hier que je décris, même si mon livre donne aussi à voir un côté un peu crépusculaire et mélancolique. Il y a une contiguïté obligatoire entre les deux mondes. Les rapports doivent forcément se poursuivre. La Méditerranée ne pourra pas cesser d’être une grande fabrique de mixité, aujourd’hui encore davantage sur la rive nord qu’au sud. La France s’est arabisée en partie, les Balkans retrouvent l’influence de la Turquie, les échanges se poursuivent. Mais cela n’est jamais allé de soi. Si l’on regarde sur la longue durée, la Méditerranée a autant fabriqué que détruit cette mixité, de l’Andalousie des trois cultures à l’arrivée des rois catholiques, du long prolongement de cette tradition andalouse dans le Maghreb jusqu’à sa fin dans les années 1960. C’est aussi Beyrouth, ville de mixité, et ses vingt ans de guerre civile. Ce qui me donne de l’espoir, c’est que cela s’est toujours reconstruit ailleurs. On n’a pas le choix : il faut que tout cela se mette à nouveau debout.

Le paysage est tout de même assez désespérant, non ?

On se rend compte surtout à quel point l’Europe et les Américains sont, dans la région, très forts pour détruire, mais non pour reconstruire. Ils ont détruit l’Irak, la Libye, ils ont abandonné la Syrie, sans penser le moins du monde aux moyens de reconstruire. Tout le monde paie aujourd’hui les frais des horreurs de [George] Bush et de [Tony] Blair.

C’est un discours que plus personne n’a envie d’entendre en Occident…

Nos responsabilités sont là, il ne faut pas se leurrer. Depuis cent ans, ceux qui sont à l’œuvre dans cette partie du monde, ce sont les Français, les Anglais et les Américains, de la création de la Syrie à l’invasion de l’Irak. Mais les attentats de Paris, et avant cela ceux de Charlie Hebdo, ce sont des choses douloureuses, qui remuent. Et en même temps, cela provoque encore une sorte de choc en retour. On note que c’est notre “mode de vie” qui a été touché, en sous-entendant qu’“eux”​ vivent autrement. Comme s’il n’y avait pas de cafés à Damas ou au Caire. Le risque, c’est que les gens se polarisent contre un mode de vie perçu comme totalement différent du leur, comme si un musulman devait forcément être quelqu’un d’austère. Cela démontre un manque total de connaissance de ce que peut être la réalité quotidienne de l’islam. Surtout, cela fabrique cette double réponse dont les deux termes sont également faux. Soit on dira que “l’islam n’a rien à voir avec ça”, ce qui est absurde en soi, ou alors, l’extrême inverse – “tous les musulmans sont des terroristes”.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour une petite poignée de wahhabites et de salafistes dans leur désert, c’est l’ensemble [des musulmans] derrière eux qui devient invisible. C’est une frange ultraminoritaire de l’islam. Mais le problème, c’est qu’on l’a laissée diffuser librement sa propagande au cours des trente dernières années. C’est elle qui a eu le plus de succès car c’est elle qui avait le plus d’argent. On a laissé l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe poser les fondations de cet islam et répandre leur propagande sans aucune vergogne et sans que personne s’en inquiète. Evidemment que cela a à voir avec l’islam mais le gros problème c’est que tout cela cache l’extrême diversité du monde musulman. A ce point qu’aujourd’hui, lorsque vous tentez d’expliquer ce qu’est le soufisme, les différences d’écoles juridiques de l’islam, les gens ont l’impression que, de toute façon, ce ne sont que des querelles byzantines entre fanatiques.

Et l’Etat islamique ?

Il faut voir Daech comme un groupe de pirates. Ils n’ont ni foi ni loi, ne font pas de quartier. Ce qui les intéresse, c’est d’avoir des esclaves, du pouvoir, de l’argent. Mais c’est une organisation qui est réellement du XXIe siècle. Ils savent utiliser les réseaux, ils fonctionnent dans l’extrême modernité en utilisant tous les moyens à leur disposition – contrebandiers, archéologues amateurs, dynamiteurs de temples lorsqu’il le faut. C’est l’islam qui est devenu un instrument pour Daech, et non l’inverse. Entre leurs mains, l’islam est un pur instrument de pouvoir.


Luis Lema


http://www.courrierinternational.com/article/france-comme-sil-ny-avait-pas-de-cafes-damas-ou-au-caire
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adm-janine
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MessageSujet: Re: Comme s’il n’y avait pas de cafés à Damas ou au Caire ...   Jeu 26 Nov - 17:47

C'est vrai pour les gens c'est du pareil au meme et il,n'y a que des musulmans point barre

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Bernard063



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MessageSujet: Re: Comme s’il n’y avait pas de cafés à Damas ou au Caire ...   Jeu 26 Nov - 18:12

Selon Boualem Sansal (j'ai assisté la semaine dernière à sa présentation de son dernier livre et à ses commentaires sur la situation), il y a depuis une vingtaine d'années un fort réveil de la religiosité musulmane suivant trois axes parallèles :

1) Un Islam qui se veut moderne et qui cherche à intégrer les progrès de la civilisation occidentale tout en promouvant la pratique de la religion (ce courant a beaucoup de mal à se faire une place. On le trouve uniquement chez des expatriés, notamment en Amérique du Nord)

2) Un retour à un islam rigoureux et à forte connotation sociale, en s'écartant de l'influence de l'occident, mais en évitant autant que possible la violence physique. (c'est un peu le cas des Frères Musulmans et de Tariq Ramadan)

3) Un Islam agressif et conquérant cherchant à rétablir le califat et à conquérir le monde (Daesh)

Sansal ne se fait pas d'illusions. Pour lui, le seul moyen de s'en sortir passe par la laïcité. Pour cela, il faudrait qu'émerge un nouvel Atatürk ou un Bourguiba.
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MessageSujet: Re: Comme s’il n’y avait pas de cafés à Damas ou au Caire ...   Aujourd'hui à 14:06

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