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Hérite-t-on du droit au retour ? C’est une question importante. Et la réponse du droit est : non. Les droits humains sont des droits individuels, personnels. Donc, ne bénéficient de ce droit, que les gens ayant été chassés ainsi que leurs enfants mineurs, ce qui dégonfle en partie le problème. On ne peut pas raisonner de cette manière. Une fois majeur, l’enfant né et ayant grandi en Jordanie ne bénéficie plus du droit au retour, il est né ailleurs. Autrement, nous n’en finissons jamais.
Il règne une certaine opacité sur cette question dans la pensée politique contemporaine, liée en partie à l’origine du problème juif. Lorsque des amis juifs me disent : « Nous sommes des victimes », je leur réponds : « Non, vos parents étaient des victimes. » Et je dis la même chose à mes amis antillais lorsqu’ils affirment être victimes de l’esclavage. « Non, vos grands-parents, vos arrières grands-parents l’étaient, pas vous ». Être le descendant d’une victime ne fait pas de soi une victime. Et le droit est destiné à clarifier cela.
Certaines choses se transmettent, les biens financiers, les patrimoines, mais en aucun cas ce qui relève du droit personnel et à plus juste titre, ce qui relève d’une atteinte personnelle. Le dommage au bien, quel qu’il soit, se transmet, contrairement aux atteintes à la personne. Nous vivons quand même dans des civilisations individualistes. Et sur ce point, force est de constater qu’une certaine confusion anime les esprits.
Monique Chemillier-Gendreau
Professeure émérite de droit public et de sciences politiques à l’université Denis-Diderot-Paris-VII.
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