Arie Avidor
Dakar, 1995 : à peine venait-on d’inaugurer la nouvelle chancellerie de l’ambassade d’Israël, place de l’Indépendance, qu’une délégation de dirigeants des associations d’anciens combattants demande à me voir. Je les reçois bien volontiers, quatre homme et une femme (une infirmière de la guerre d’Indochine, je crois), tous le visage très digne, les cheveux blancs et arborant d’impressionnantes batteries de médailles épinglées sur leurs boubous bariolés.
Tout d’abord, j’invitai chacun d’eux à évoquer les souvenirs de ses campagnes, celles du corps expéditionnaire français d’Italie, du débarquement de Provence, les combats de la 1ère armée de De Lattre de Tassigny en France et en Allemagne. L’un d’eux me parle de sa première rencontre avec des Juifs, des détenus épuisés et affamés d’un kommando d’un camp de concentration.
Puis, on en vint à l’objet de cette visite : le durcissement des règlements français en matière de visas qui empêchait nombre d’anciens combattants sénégalais à pouvoir répondre aux invitations qu’ils recevaient à participer à des cérémonies commémoratives en France. Le consulat de France refusait le visa à des détenteurs de la Légion d’honneur ou de la Croix de guerre, âgés pour la plupart de plus de 80 ans ! Et puis, ils me parlèrent de cette affaire de « cristallisation » des pensions militaires à la date de l’indépendance (en 1960) qui faisait qu’ils touchaient des sommes pitoyables d’à peine un quart du montant versé à leurs collègues français dont les pensions sont restées indexées.
Leur exprimant toute mon admiration mais aussi toute ma compassion face à leurs difficultés, j’indiquais néanmoins clairement qu’il nous était impossible de nous ingérer dans cette affaire et que je ne voyais malheureusement pas comment Israël pouvait contribuer à une solution. Israël a de l’influence, me répondirent-ils, et c’est la raison pour laquelle ils étaient venus me voir ! Je leur promis d’en toucher deux mots, à titre tout-à-fait personnel, à mon collègue français l’ambassadeur André Lewin (ce que je fis sans autre résultat qu’un haussement d’épaules d’impuissance de sa part) et je leur conseillai de mener une campagne dans la presse française. Je pris soin aussi qu’ils fussent ajoutés à la liste des invités aux réceptions de l’ambassade et qu’ils reçoivent ainsi de la part de l’Etat d’Israël les honneurs qui leur reviennent.